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Penser les usages des technologies de l’information et de la communication aujourd’hui : enjeux – modèles – tendances

Auteur : Proulx Serge
Année de Publication : 0
Type : Actes de congrès / Séminaire / Atelier
Thème : Internet
Langue : FR

Résumé/Extrait :

1. Objectifs et orientations scientifiques

Pour ouvrir ce colloque sur les enjeux et les usages des technologies de l’information et de la communication (TIC), j’aborderai successivement quatre thèmes. Je voudrais d’abord définir ce que les chercheurs en sciences sociales entendent par usage et appropriation dans le contexte des recherches sur les TIC. J’insisterai ensuite sur le fait qu’Internet transforme significativement les conditions d’usage des technologies aujourd’hui. Puis, je présenterai un modèle particulier d’analyse que je désigne sous l’appellation de « construction sociale de l’usage ». Enfin, je souhaite susciter vos réflexions à propos de la rupture dans les usages que semble provoquer la prégnance du phénomène Internet aujourd’hui. D’entrée de jeu, laissez-moi vous proposer une question qui parcourra l’ensemble de mon exposé, tel un fil rouge : l’arrivée d’Internet marque-t-elle une rupture significative dans l’informatisation et dans nos manières de faire usage des TIC ? S’il s’agit incontestablement d’une transformation technique, provoque-t-elle pour autant une mutation sociale des usages ? Nous pourrons débattre cette question lors de la période de discussion.

Je voudrais rapidement faire état des orientations scientifiques qui cadrent mon travail de chercheur depuis plus de vingt-cinq ans maintenant, de manière à ce que vous puissiez bien saisir le lieu d’où je parle. Mon programme de recherche se structure autour d’une double question : comment saisir l’action et les significations de l’innovation sociotechnique dans la société ? Et symétriquement : comment décrire l’action des réseaux – formés d’acteurs humains et d’actants non humains – dans la construction sociale de l’innovation sociotechnique ? Pour tenter de saisir au plus près cette présence, cette action de la technique dans la société, l’étude des usages – l’observation de ce que les gens font effectivement avec les objets et dispositifs techniques – constitue un point d’entrée intéressant et scientifiquement pertinent.

D’un point de vue méthodologique, mes travaux s’appuient sur un paradigme interprétatif et empruntent leurs outils à l’ethnographie critique. Cette citation de Luc Boltanski décrit bien la posture épistémologique du chercheur qui choisit le paradigme interprétatif : « (Le chercheur s’astreint) à suivre les acteurs au plus près de leur travail interprétatif (...). Il prend au sérieux leurs arguments et les preuves qu’ils apportent, sans chercher à les réduire ou à les disqualifier en leur opposant une interprétation plus forte. » (Boltanski, 1990). En même temps, ces procès de construction subjective du sens par les acteurs ( mondes vécus) s’inscrivent dans des rapports sociaux de pouvoir (domination économique, rapports de sexes, relations entre générations). Tout en distinguant bien les deux moments, l’analyse des usages doit éventuellement réussir à articuler cette dimension descriptive (relevant d’une sociologie empirique) à une dimension normative (faisant appel aux principes d’une philosophie politique). Cette nécessaire articulation définit l’approche critique en sciences sociales et humaines.

D’où mon choix de faire appel simultanément à la posture épistémologique de l’ethnographie critique dans l’étude des usages. La démarche de l’ethnographie classique consiste à déployer un regard flottant devant les situations sous observation: tout fait observé peut en effet être significatif. Face aux situations à observer, l’ethnographe critique opte plutôt pour un regard davantage centré sur la ligne de force de sa problématique et de ses intérêts de connaissance. En même temps, l’ethnographe critique est conscient du fait que les significations construites subjectivement par les acteurs et par l’observateur se situent dans le cadre de rapports sociaux de pouvoir. Comme l’écrit si justement Jeanne Favret-Saada : « ...Avant qu’il n’ait prononcé un mot, l’ethnographe est inscrit dans un rapport de forces, au même titre que quiconque prétend parler. » (Favret-Saada, 1984).

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