Auteur :
Faÿ
Gérard
Type : Article
Thème : Démographie
Couverture :
Maroc
Télécharger le document :Depuis une trentaine d'années, le mot émigration n'évoque guère, au Maroc, que le départ d'un grand nombre d'habitants de ce pays vers l'étranger. Les pouvoirs publics ont multiplié les mesures économiques et financières, capables d'inciter ceux que l'on désigne désormais comme les "résidents marocains à l'étranger" (RME) à revenir régulièrement au pays et à y investir les capitaux dont ils disposent.
Les économistes et les chercheurs en sciences humaines concentrent leurs études sur les relations commerciales liées au va-et-vient des hommes et des marchandises ainsi que sur les changements socio -culturels induits par la vie à l'étranger d'un nombre croissant de Marocains. Dans les instances internationales, l'attention se focalise sur l'ampleur d'une émigration qui s'accélère au point de concerner désormais toutes les couches sociales et toutes les régions du Royaume" (Simon, 2005) et qui inquiète fort certains pays européens.
Mais l'émigration vers l'étranger tend à occulter une émigration intérieure, plus ancienne et plus puissante : celle qui, depuis le début du 20ème siècle, alimente la croissance des agglomérations urbaines. Certes, de plus en plus, les migrants vers l'étranger sont nés dans des villes, mais les parents ou grands-parents de ces migrants sont, dans leur immense majorité, venus de la campagne : ils se sont installés en ville après des périodes de va-et-vient entre différents lieux de travail. En réalité, depuis le début du 20ème siècle, la migration des campagnes contribue puissamment à la croissance de villes dans lesquelles les migrants trouvent des conditions de vie plutôt meilleures que celles de leurs douars mais, beaucoup plus rarement, des emplois rémunérateurs réguliers. Pour certains, le désir d'émigrer à l'étranger se développe jusqu'à devenir obsessionnel.
Dans cette communication, nous rappellerons l'importance majeure de l'émigration du rural à l'urbain, tendance lourde, durable, liée à des évolutions économiques, sociales et démographiques à l'oeuvre depuis plus d'un siècle. Cette émigration, depuis les années 1980-1981, a pris l'allure d'un véritable exode rural dans certaines régions particulièrement touchées par les sécheresses récurrentes que connaît le pays. Mais s'agit-il de mouvements qui seraient en cours de "ralentissement" voire d'"épuisement" comme le suggère R. Escallier (2006) dans une synthèse récente sur l'évolution des populations dans les cinq pays du Grand Maghreb ou doit-on, au contraire, redouter qu'ils ne se poursuivent encore longtemps dans la mesure où ils contribuent à appauvrir les campagnes plus qu'à en favoriser les progrès économiques et sociaux ?