Auteur :
Bertin
Sara,
Konate
Abdoulaye,
A. Doffonsou
Richard
...[et al.]
Collectivite Auteur :
Groupe de la BAD. Bureau Régional de Développement et de Prestation de Services pour l'Afrique du Nord. Département des Economistes Pays. Bureau Pays pour le Royaume du Maroc
Année de Publication :
2024
Type : Rapport
Thème : Repères du développement économique
Couverture : Maroc
Le présent Document de stratégie pays (DSP) régit le cadre de coopération entre le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et le Royaume du Maroc (RdM) pour la période 2024-2029. Il analyse les développements économiques récents et les perspectives, présente la Revue de la performance du portefeuille pays (RPPP), ainsi que les enseignements tirés et définit la stratégie qui guidera l’appui de la Banque en 2024-2029. Il a été élaboré à la suite des consultations des différentes parties prenantes (autorités, secteur privé, société civile, partenaires techniques et financiers) tenues en juin 2023. Il est aligné sur les priorités à l’horizon 2035 du Nouveau modèle de développement (NMD) du Maroc publié en 2021. Le document intègre : les observations du Comité des opérations et de l’efficacité du développement (CODE) qui a entériné l’orientation stratégique de ce nouveau DSP lors de l’examen du rapport d'achèvement du DSP 2017-2021, mis à jour et étendu à 2023 (DSP 2017-2023), le 25 septembre 2023i et les recommandations de l’Évaluation de la stratégie et du programme de la Banque (2004–2014) conduite par le département d’Évaluation indépendante du développement de la Banque (IDEV). Il s’aligne sur les cinq grandes priorités (Top 5), les stratégies sectorielles pertinentes et les politiques opérationnelles de la Banque.
Des politiques économiques prudentes et la stabilité politique ont soutenu l’activité économique du Royaume du Maroc. Sur la décennie 2010-2020, le RdM a mis en place d’importantes réformes structurelles et a investi considérablement dans les infrastructures. En 2019, le Maroc se classait 53ème sur 141 pays, 3ème sur le continent africain, et 1er en Afrique du Nord pour la qualité de ses infrastructures. Sur le plan social, le taux d’alphabétisation a progressé de 52% en 2004 à 74% en 2018 et en dollars constants, le PIB par habitant a plus que doublé entre 1999 et 2021, passant de 1472,4 dollars en 1999 à 3291,9 dollars en 2022. Néanmoins, la croissance moyenne du PIB sur 5 ans a ralenti de 4,4% sur la période 2000-2005 à 3,04% sur la période 2014-2019 puis à 0,7% entre 2020 et 2022. De plus, la croissance demeure volatile en fonction des performances du secteur agricole, elles-mêmes dépendantes des effets du changement climatique. Ainsi, en 2022, en raison de la pire sécheresse sur les 40 dernières années, la croissance du PIB a ralenti à 1,3%. Elle est estimée à 3,2% en 2023.
En dépit des avancées économiques et sociales, le défi majeur de développement du Maroc est de renforcer la croissance économique, et de la rendre plus inclusive et plus résiliente aux chocs exogènes. Le pays connait un ralentissement tendanciel de la croissance du PIB ainsi que des taux de participation au marché du travail qui restent insuffisants et contraints par une employabilité inégale dans la population. La situation de stress hydrique créée par le réchauffement climatique contraint fortement le secteur agricole. Les autres défis sous-jacents sont : un manque de dynamisme et d’innovation limitant la valeur ajoutée marocaine incluse dans les exportations ; des Très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) peinant à se développer ; le besoin d’accroitre l’indépendance énergétique à des coûts raisonnables ; la nécessité d’améliorer l’efficacité des investissements publics et de renforcer la compétitivité des facteurs de production ; et la réduction de la vulnérabilité au changement climatique.
L’objectif principal du DSP 2024-2029 est de renforcer la croissance, et de la rendre plus inclusive et plus résiliente aux chocs exogènes. Etant donné les priorités gouvernementales, la nécessité d’assurer la continuité dans les interventions de la Banque, les avantages comparatifs de la Banque au Maroc et les possibilités de co-financement avec d’autres partenaires au développement, deux domaines prioritaires et quatre secteurs ont été retenus sur la période 2024-2029.
Il s’agit : du développement des compétences ; du secteur du transport ; du secteur de l’eau ; et du secteur de l’énergie. Les deux domaines prioritaires sont : renforcer la croissance inclusive par le développement des compétences, l’employabilité et l’entreprenariat et ; consolider la résilience aux chocs exogènes par le développement des infrastructures durables.
Dans le premier domaine prioritaire, l’accent est mis sur la croissance et l’inclusivité socio-spatiale. Pour ce faire, la Banque soutiendra le développement des compétences avec une approche de granulation spatiale, en s’appuyant sur le processus de régionalisation avancée en cours au RdM. Le renforcement de l’employabilité permettra d’améliorer la productivité du travail, la capacité d’innovation et la compétitivité de l’économie. La création d’emplois pour les jeunes et les femmes sera également induite par le développement de l’entreprenariat et l’appui aux TPME en zones urbaines et rurales (chaines de valeur agricole). Dans le deuxième domaine prioritaire, l’accent est mis sur la croissance et la résilience aux chocs externes. Ainsi, la Banque soutiendra les infrastructures durables dans les secteurs de l’eau et de l’énergie. La gestion pérenne des ressources en eau atténuera les effets du stress hydrique sur l’agriculture et se faisant, renforcera la résilience de l’économie face aux changements climatiques. En matière d’énergie, la Banque soutiendra l’atteinte de l’ambition que le Maroc s’est fixée de développer son mix énergétique dans lequel les énergies renouvelables représenteront 52% de la production d’électricité d’ici 2030. Pour ce faire, la production d’énergie éolienne et verte revêtira une importance particulière et servira à améliorer la productivité agricole et asseoir des agro-industries créatrices d’emplois dans les bassins ruraux régionaux. Dans le domaine des infrastructures de transport, les interventions viseront à améliorer la compétitivité du port de Nador West Med (NWM), permettant au Maroc de jouer pleinement son rôle de hub entre l’Europe et l’Afrique. La résilience de l’économie aux chocs externes serait ainsi renforcée, en réduisant le niveau d’exposition du Maroc en cas de perturbation des chaînes logistiques mondiales.
L’appui futur de la Banque visera à dynamiser le secteur privé pour lui faire jouer un rôle moteur de la croissance et intégrera des thèmes transversaux. La Banque envisage d’augmenter le volume de ses opérations non souveraines au Maroc et de soutenir le développement du secteur privé, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables, des transports verts ou de l’agriculture durable. Les partenariats seront renforcés afin d’exploiter les possibilités de cofinancement et de maximiser l’impact sur le développement. Les thèmes transversaux sont : la gouvernance ; la réduction des inégalités de genre ; et la réduction des disparités régionales et le développement des zones rurales.
Le programme indicatif d’opérations pour la période 2024-2029 comportera annuellement des opérations souveraines et non souveraines ainsi que des études économiques et sectorielles. En 2024, le programme opérationnel indicatif propose 5 opérations souveraines pour un montant de 605 millions de dollars américains (455 millions d’UC) dont une opération d’appui programmatique (OAP) dans le domaine du développement des compétences et des réformes sectorielles dans l’eau et l’énergie (phase I) qui s’étendra à 2025 (phase II). Sur le guichet privé, la Banque soutiendra deux opérations par an sur la période. Des études économiques et sectorielles seront conduites pour enrichir le dialogue avec le Gouvernement et faciliter la préparation de nouvelles opérations.
Au 1er avril 2024, le portefeuille actif de la Banque au Maroc est composé de 34 projets pour un engagement total de 2,54 milliards d’UC (soit plus de 3,38 milliards de dollars américains). Le portefeuille couvre huit secteurs : l’énergie (24% des engagements totaux), les transports (15%), le social (13%), les industries & mines (13%), l’agriculture (12%), l’eau et l’assainissement (10%), la gouvernance/multisecteur (7%) et le secteur financier (6%). Les opérations du secteur public sont au nombre de 32. Le portefeuille comprend 5 interventions au titre des opérations sans garantie souveraine (plus de 18% des engagements de la Banque au Maroc).
La mise en œuvre des projets du portefeuille se déroule de manière efficace. En moyenne, les accords de prêts pour les projets souverains sont signés 4,8 mois après leur approbation et entrent en vigueur 1,36 mois après la signature pour les projets du secteur public. L’âge moyen des opérations du secteur public est de 3,89 ans. Le taux de décaissement global est de 60,3%, ce qui est bon au vu des 7 nouvelles opérations depuis octobre 2022. La performance des opérations du secteur privé est satisfaisante avec un taux de décaissement de 96.3%.
Les Conseils d’administration sont invités à examiner et approuver la Stratégie d’intervention du Groupe de la Banque au Royaume du Maroc sur la période 2024-2029.