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Croissance Economique et Développement Humain

Auteur : El Aoufi Noureddine, Herzenni Ahmed, Bensaid Mohamed
Type : Rapport
Thème : Repères du développement économique
Couverture : Maroc

Résumé/Sommaire :

1. L’objectif du rapport est de mettre en perspective historique les relations entre croissance économique et développement humain. Plus précisément, il s’agit de tenter un bilan global des politiques économiques mises en œuvre depuis l’indépendance en termes d’impact sur les indicateurs du développement humain. Une telle rétrospective permet de fonder l’esquisse de perspectives pertinentes pour le Maroc de 2025.

2. L’approche adoptée en termes de trajectoires macroéconomiques met en évidence trois périodes, définies chacune par une cohérence d’ensemble : la première s’étend de l’indépendance au début de la décennie 1980.

La seconde correspond au Programme d’ajustement structurel (PAS) mis en œuvre entre 1983 et 1993. La troisième concerne la période allant des années 1990 à nos jours. La structure analytique est commune aux trois trajectoires : dans un premier temps sont passées en revue les politiques économiques (budgétaire, monétaire, financière, etc.), puis sectorielles. En second lieu l’analyse en termes de régime de croissance est appréhendée dans ses composantes sectorielles et dans ses relations avec l’emploi, la productivité, la compétitivité, etc. Une troisième déclinaison porte sur le rôle du secteur privé et sur les configurations stratégiques des entreprises privées. Parallèlement, certains indicateurs sont examinés pour appréhender l’impact social des enchaînements macroéconomiques (chômage, précarité, informel, etc.).

3. La rétrospective des résultats obtenus en matière de développement économique et social met en évidence les limites d’une dérivation directe et linéaire du bien-être social des objectifs stricts de la croissance économique. Si l’amélioration des niveaux atteints par le PIB demeure, en effet, un indicateur essentiel de développement, il n’en est pas moins établi aujourd’hui que l’objectif de " la croissance pour la croissance " peut être détourné par l’assurance du prise en compte de la finalité sociale et par les effets pervers liés aux processus économiques exclusifs.

4. L’hypothèse du développement humain implique, précisément, que ce dernier est irréductible au revenu. De même, le principe de justice sociale fondé sur la redistribution des revenus est, à terme, inefficient s’il ne prend pas appui sur un niveau suffisant de potentialités humaines élémentaires. Dans une telle optique la " pauvreté en termes de revenus ", ou la " pauvreté monétaire ", n’est qu’une composante de la pénurie de capacités. A l’inverse, l’élargissement des choix des individus, de leur liberté, de leur participation aux décisions et à l’exercice de contrôle est à même d’induire un processus autoentretenu de croissance économique et d’amélioration du revenu par tête. Bref, le développement humain est un développement de la population, par la population, pour la population.

5. La première trajectoire (1960-1981) se divise en deux périodes : entre 1961 et 1972, les politiques budgétaires et monétaires ont été relativement contenues. Au cours de la période 1973-1981, on assiste à un retournement de la conjoncture nationale et internationale. Les prévisions économiques de cette période ont été au-delà des capacités de production du pays. Le secteur privé a pu renforcer les positions qu’il occupait au sein de l’économie grâce surtout à l’appui de l’Etat durant les années 1960 et 1970. Toutefois, débouchant sur une concentration économique et financière sous une forme congloméra le, la promotion du secteur n’a pas pu favoriser l’accumulation productive. Les retombées sur le développement humain ont été, par conséquent, de faible portée.

6. La seconde trajectoire (1983-1993) marque un tournant dans les politiques économiques, conjoncturelles et structurelles, du Maroc. La crise de la fin des années 1970, accentuée par un contexte de récession internationale, a conduit à l’adoption d’une série de réformes dans le but de rétablir les déséquilibres macroéconomiques. Le PAS se fonde sur l’hypothèse que la stabilisation et la libéralisation (interne et externe) sont à même de générer la croissance économique, le développement social étant considéré comme une résultante de la croissance économique. Dès lors que la stabilisation impose des réductions budgétaires, ce sont surtout les budgets sociaux qui en font les frais. La conclusion tirée de l’analyse de la trajectoire fait apparaître les limites des stratégies qui font dépendre l’amélioration de la satisfaction des besoins sociaux de l’observation stricte des équilibres fondamentaux.

7. La troisième trajectoire (1993-2004) se définit par rapport à un vaste mouvement de réformes ayant trait à la fois à l’environnement institutionnel et aux objectifs de la politique économique et visant à réhabiliter la composante sociale pour réduire l’ampleur des déficits structurels. Toutefois la prise-en compte de la problématique sociale n’a pas manqué de buter sur les limites tracées par la contrainte externe (poids de la dette extérieure) et par la faible marge de manœuvre, en termes de finances publiques, laissée aux pouvoirs publics. Ces limites expliquent l’évolution de la politique économique au voisinage des seuils d’équilibre propres au PAS et expliquent les faibles impacts en termes d’amélioration des indicateurs de développement humain.

8. Les perspectives qui peuvent être esquissées à partir des analyses précédentes plaident pour une politique économique au service du développement humain impliquant une inflexion majeure de trajectoire :

(i) restaurer la souveraineté de la politique économique ;

(ii) opérer un recentrage des dépenses publiques sur les objectifs prioritaires d’un élargissement rapide des capacités fonctionnelles de base pour une vie digne et décente ;

(iii) redéfinir le régime de croissance autour des principes suivants :

_ Une reconfiguration du rôle de l’Etat mettant en avant ses fonctions de régulation et développement humain ;

_ Une insertion internationale maîtrisée et au service du développement national ;

_ Une croissance plus vigoureuse et plus riche en emplois ;

_ Une politique industrielle intégrée et incorporant les nouveaux paradigmes technologiques et organisationnels ;

_ Une agriculture intensive, compétitive et durable ;

_ Un renforcement des incitations en faveur des entreprises, combinant recherche d’efficacité et principe d’équité.

9. Un tel choix stratégique pour le Maroc de 2025 est susceptible de supprimer les entraves réciproques de la croissance économique et du développement humain et d’engager le pays sur un sentier vertueux combinant libertés politiques, facilités économiques, opportunités sociales, garanties de transparence et sécurité protectrice.

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