Année de Publication :
2025
Type : Livre
Thème : Industrie
Couverture : Maroc
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Dans le cadre de l’analyse du secteur du textile et de l’habillement, cette étude s’inscrit dans le programme « Intégration de l’emploi dans le commerce et l’investissement » (METI), financé par l’Union européenne (UE) et mis en œuvre par l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Le groupe de travail chargé de l’étude, composé de représentants des Ministères de de l’Inclusion Économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, de l’Industrie et du Commerce, des partenaires sociaux, du Haut-commissariat au Plan, de l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises, de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations, ainsi que de l’Association Marocaine du Textile et de l’Habillement, s’est réuni en février 2023 et a choisi de se concentrer sur la branche de la bonneterie « maille ».
Cette étude relève d’une analyse approfondie du secteur de la bonneterie au Maroc, un pilier essentiel de l’industrie textile. En s’appuyant sur l’approche STED et les résultats de l’étude TRAVERA, elle met en évidence les obstacles et opportunités susceptibles d’améliorer la compétitivité de ce secteur stratégique. Elle présente une vision d’un secteur en quête de modernisation et de diversification, visant à mieux répondre aux exigences des marchés internationaux tout en promouvant la compétitivité du secteur et les exportations grâce à l’amélioration de l’offre et l’utilisation des compétences, tout en favorisant la création d’emplois durables, notamment pour les femmes et les jeunes, au sein des TPE et PME.
L’étude menée révèle avant tout un secteur vivant, riche en potentiel, mais aussi confronté à de nombreux défis. Dans un contexte où la modernisation est essentielle pour que le secteur reste compétitif sur le marché mondial, cette analyse s’attache à comprendre comment cet écosystème peut s’adapter et évoluer pour offrir non seulement des opportunités économiques, mais aussi des emplois de qualité, particulièrement pour les femmes et les jeunes dans les TPME.
Il faut noter tout d’abord qu’il est difficile d’obtenir des statistiques précises sur la bonneterie en tant que branche distincte du secteur textile, car de nombreuses entreprises textiles englobent la production de vêtements en maille et d’autres produits dans leurs activités globales. Les données sont souvent regroupées sous de larges catégories comme « textile » ou « habillement », rendant complexe l’extraction d’informations spécifiques à la bonneterie. Néanmoins, les tendances globales du secteur textile, en termes de production, d’exportation et d’emploi, peuvent servir d’indicateurs fiables pour évaluer les performances de la bonneterie, car cette branche suit des dynamiques similaires.
Selon l’indice de production industrielle (IPI) élaboré par le HCP au titre de l’année 2022, le secteur textile, y compris sa branche maille, représente près de 2,8 % de la production totale et près de 9,1 % de la production industrielle ; 2,3 % de la Valeur Ajoutée totale et 13,5 % de la Valeur Ajoutée industrielle.
Également, ce secteur contribue à 27 % des emplois industriels en employant près de 200 000 personnes (ministère de l’Industrie et AMITH).
D’un autre côté, l’enquête réalisée dans le cadre de cette étude auprès de 54 entreprises révèle que la branche maille emploie majoritairement des femmes, représentant 69 % des emplois réguliers et 64 % des emplois saisonniers, ce qui démontre son rôle crucial dans l’emploi féminin. Les jeunes, quant à eux, représentent 41 % des emplois réguliers et 42 % des emplois saisonniers, indiquant une intégration notable, bien que perfectible. Le niveau de scolarité des employés est relativement faible, avec une majorité (76 %) ayant atteint un niveau primaire ou secondaire, tandis qu’une minorité (24 %) a une formation technique ou universitaire. Cela met en évidence le besoin d’améliorer l’accès à la formation technique, un levier essentiel pour accroître à la fois la compétitivité et la productivité.
L’analyse de la productivité du travail du secteur TH en termes de valeur ajoutée sur la période 2010-2021, réalisée par l’Office des Changes, laisse apparaître une croissance positive annuelle moyenne de 1,4 %.
Cela signifie que la productivité du facteur travail dans le secteur textile et cuir se caractérise globalement par une tendance haussière, et ce malgré sa volatilité constatée tout au long de la période en question.
Les exportations du secteur, principalement dirigées vers l’Europe, représentent 96 % des exportations textiles, avec une forte concentration sur l’Espagne (61 %) en 2023. Cependant, le secteur dans son ensemble est confronté à plusieurs défis majeurs, notamment une forte dépendance aux importations (80 % à 90 % des intrants), un manque de compétences qualifiées avec 65 % des entreprises déclarant des difficultés de recrutement, et une concurrence accrue des pays asiatiques.
En outre, les TPME, qui représentent 92 % du secteur selon l’AMITH, peinent à accéder au financement nécessaire pour moderniser leurs infrastructures et adopter des technologies innovantes. Malgré ces obstacles, la branche de la maille dispose d’un potentiel de diversification vers de nouveaux marchés et pourrait bénéficier de stratégies axées sur l’amélioration des compétences et la modernisation technologique pour accroître sa compétitivité.
Les professions clés identifiées, et confirmées par les parties prenantes pendant l’atelier de prospective tenu les 12 et 13 septembre 2024, comme les techniciens en tricotage et en maintenance, sont essentielles pour assurer la qualité et l’efficacité des chaînes de production. Pourtant, les entreprises maille sont souvent confrontées à une pénurie de compétences qualifiées. Ce déficit de main-d’œuvre qualifiée se traduit par un écart significatif entre l’offre et la demande de compétences, un problème récurrent qui limite la capacité des entreprises à croître et à répondre aux exigences toujours plus strictes des marchés internationaux.
Dans le cadre de cette étude, l’analyse des écarts révèle un besoin moyen annuel d’un total de 10 400 postes à pourvoir dans le secteur de la maille au Maroc entre 2024 et 2028. Les plus grands déficits concernent les métiers de la production, notamment pour les opérateurs de tricotage circulaire, les stylistes modélistes, ainsi que les spécialistes en e-commerce.
Face à ces constats, l’étude propose des axes stratégiques clairs pour le développement des compétences.
L’une des clés du succès est l’amélioration des programmes de formation, en les adaptant aux besoins actuels du marché, notamment en termes de technologies et de gestion des processus. Il est également crucial de valoriser la formation continue pour que les travailleurs puissent non seulement maintenir, mais aussi développer leurs compétences au fil du temps. Par ailleurs, il est recommandé de renforcer les partenariats entre les entreprises et les institutions de formation afin de créer des programmes qui répondent aux besoins concrets des opérateurs de la bonneterie. Une attention particulière doit être accordée à l’inclusion des femmes et des jeunes, surtout dans les TPME. Cela répond non seulement à un besoin économique, mais assure également une meilleure diversité et enrichit le secteur grâce à des perspectives nouvelles.