Perspectives de l’économie mondiale avril 2008 : Résumé analytique
Lundi 07 Juillet 2008
Résumé:
L’expansion mondiale ralentit face à une crise financière majeure (chapitre 1). Le ralentissement est le plus marqué dans les pays avancés, en particulier aux États-Unis, où la correction du marché immobilier continue à exacerber les tensions financières. Parmi les autres pays avancés, la croissance en Europe occidentale a fléchi aussi, mais au Japon l’activité a été plus vigoureuse. Les pays émergents et les pays en développement ont été moins touchés jusqu’à présent par les turbulences financières et ont continué d’enregistrer une croissance rapide, avec la Chine et l’Inde comme moteurs, bien que l’activité commence à ralentir dans certains pays.
L’inflation non corrigée a augmenté dans le monde entier, en raison de la vigueur persistante des prix de l’alimentation et de l’énergie. Dans les pays avancés, l’inflation hors alimentation et énergie est montée ces derniers mois en dépit du ralentissement de la croissance. Dans les pays émergents, l’inflation non corrigée a augmenté de manière plus marquée, en raison de la croissance vigoureuse de la demande et de la plus grande importance de l’énergie et en particulier de l’alimentation dans les paniers de consommation.
Les marchés des produits de base ont poursuivi leur essor en dépit du ralentissement de l’activité mondiale. La forte demande des pays émergents, qui a représenté une bonne partie de l’augmentation de la consommation des produits de base ces dernières années, est un élément moteur de la hausse des cours, alors que la demande liée aux biocarburants a fait monter les prix des principales cultures vivrières. Par ailleurs, l’offre s’ajuste à la hausse des cours avec retard, notamment pour ce qui est du pétrole, et les stocks sur de nombreux marchés sont tombés à des plus bas à moyen ou à long terme (appendice 1.2). La récente montée des cours des produits de base semble aussi s’expliquer au moins en partie par des facteurs financiers, les produits de base représentant de plus en plus une autre catégorie d’actifs.
Le choc financier qui s’est produit en août 2007, alors que le marché américain des prêts hypothécaires à risque (« subprime ») était secoué par le retournement de l’envolée des prix immobiliers, s’est propagé rapidement et de manière imprévisible pour infliger de lourdes pertes aux marchés et aux institutions au coeur du système financier. Il a réduit les liquidités sur le marché interbancaire, a pesé sur les fonds propres de grandes banques et a conduit à une réévaluation des risques sur toute une série d’instruments, comme expliqué plus en détail dans l’édition d’avril 2008 du Global Financial Stability Report. La liquidité reste déficiente en dépit des réactions agressives des principales banques centrales, alors que les craintes concernant les risques de crédit se sont intensifiées et se sont étendues bien au-delà du secteur des prêts hypothécaires à risque. Les cours des actions ont reculé aussi du fait de l’intensification des signes de fléchissement économique, et les marchés d’actions et des changes sont restés volatils.
Ces turbulences financières et la réduction du levier d’endettement qui en résulte touchent les mécanismes de crédit bancaires et non bancaires, et les signes d’un rationnement général du crédit s’accumulent dans les pays avancés — même si l’on ne peut pas encore parler d’une véritable crise du crédit. Les normes d’octroi de prêts bancaires aux États-Unis et en Europe occidentale sont durcies, l’émission de titres structurés est réduite et les marges sur les titres de sociétés sont en forte hausse. Les répercussions sont les plus sérieuses aux États-Unis, où elles contribuent à accentuer la correction du marché immobilier. En Europe occidentale, les principales retombées se font sentir dans les banques les plus directement exposées aux valeurs mobilières américaines de second rang et sous la forme de perturbations des marchés interbancaires et des marchés des titres structurés.
Les récentes tensions financières touchent aussi les marchés des changes. Le taux de change effectif réel du dollar américain a baissé fortement depuis le milieu de 2007 alors que l’investissement étranger dans les obligations et les actions américaines souffre de la diminution de la confiance dans la liquidité et le rendement de ces actifs, ainsi que de la dégradation des perspectives de croissance et de la baisse des taux aux États-Unis. La dépréciation du dollar a dopé les exportations nettes et a contribué à réduire le déficit des transactions courantes des États-Unis à moins de 5 % du PIB au quatrième trimestre 2007, soit plus de 1½ % du PIB de moins que le record enregistré en 2006. La principale contrepartie de la baisse du dollar américain est une appréciation de l’euro, du yen et d’autres monnaies flottantes telles que le dollar canadien et les monnaies de quelques pays émergents. Cependant, les fluctuations des taux de change ont été moins marquées pour plusieurs pays affichant un excédent élevé des transactions courantes — notamment la Chine et les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient.
Les effets de contagion directs sur les pays émergents et les pays en développement ont été moins prononcés que lors de turbulences financières antérieures, bien que les entrées de capitaux aient ralenti ces derniers mois et que les émissions aient été modérées. Plusieurs pays qui avaient beaucoup emprunté à l’étranger à court terme ont été davantage touchés. Les répercussions commerciales du ralentissement de l’activité dans les pays avancés ont été limitées jusqu’à présent : elles sont plus manifestes dans les pays qui commercent beaucoup avec les États-Unis. En conséquence, la croissance dans les pays émergents et les pays en développement est restée généralement vigoureuse et équilibrée d’une région à l’autre, alors que l’inflation monte dans de nombreux pays à cause de la bonne tenue des prix de l’alimentation et de l’énergie et de la vigueur de la demande intérieure.
Le ressort des pays émergents et des pays en développement s’explique par leur intégration croissante dans l’économie mondiale et le caractère diversifié de l’envolée actuelle des cours des produits de base, qui a dopé davantage que lors d’expansions antérieures les exportations, l’investissement direct étranger et l’investissement intérieur dans les pays qui exportent ces produits. Comme expliqué au chapitre 5, les pays exportateurs de produits de base ont pu diversifier leurs secteurs exportateurs, notamment en accroissant les exportations de biens manufacturés, et la part des échanges parmi les pays émergents et les pays en développement eux-mêmes a augmenté. Le renforcement des cadres d’action macroéconomiques et l’amélioration des institutions ont été des facteurs importants à cet égard. En conséquence, la croissance de ces pays dépend moins du cycle conjoncturel des pays avancés, bien que les effets de contagion n’aient certainement pas été éliminés.
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